TIKEN JAH FAKOLY

 

 

Véritable étendard d’une jeunesse africaine dont il porte haut la soif de liberté et de changement, le héros du reggae moderne est aussi le haut-parleur de tout un continent. Auteur d’une discographie engagée, comme en attestent les titres de ses disques, il n’a cessé de mêler les lignes de la musique et du combat : le verbe comme une arme, les disques comme des brûlots. Originaire de Côte d’Ivoire, tombé dans la musique dès son jeune âge, Tiken Jah Fakoly a conquis son pays natal avant de se lancer dans une carrière internationale qui l’a conduit à collaborer avec les plus grands (Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, Zebda, Steel Pulse, Bernard Lavilliers, Akon...). En l’espace de dix albums, il a édifié une œuvre sauvage, indomptable, un subtil mélange d’arrogance et de musique émaillée de déclarations fracassantes sur la politique internationale. Menacé, contraint à l’exil pour avoir parlé trop haut, l’Ivoirien est un authentique artiste engagé, sur scène comme sur le terrain, alliant dans l’écrin luxueux de son reggae international la lutte et l’espérance, le combat et la fête. Auréolée d’un espoir immense pour les générations futures, la caravane Fakoly défriche en musique un monde meilleur. 

 

C’est en 1994 que commence son histoire, suite aux premières élections en Côte d’Ivoire qui ont lieu après la mort de Houphouët-Boigny, Tiken Jah Fakoly écrit ses premiers titres afin de dénoncer les excès de la situation politique de son pays. Il en tirera une grande popularité, notamment portée par le titre « Mangercratie », qui le fait connaître à travers toute l’Afrique de l’Ouest à partir de 1997. Cette année-là, il se produit sur scène dans des stades remplis jusqu’à 20 000 personnes. Fort de son succès, l’artiste se rend à Paris, carrefour des musiques du monde : son premier opus sortira en France en 1999 sur le label Globe Music.

 

Mixé en Jamaïque, son deuxième album "Cours d'Histoire" – sorti en 1998 en Côte d’Ivoire - connaît à son tour un succès critique et commercial dans tout l'Ouest africain. L'artiste aborde toujours des thèmes de société mais aussi son rapport à l’Histoire et à la tradition. Mais peu de temps après le putsch mené par le général Gueï en décembre 1999, Tiken retourne en studio pour enregistrer dans l’urgence de nouvelles chansons destinées à rappeler au nouveau chef d'État les promesses faites par le passé. L'album "Le Caméléon" sort ainsi en 2000 uniquement sur le marché ivoirien, alors qu'au même moment "Cours d'Histoire" sort en France. Cette même année, Tiken Jah Fakoly est le lauréat du Prix découvertes Afrique RFI. Quelques mois plus tard, son pays est en proie à de violents heurts internes à la suite d'élections houleuses. Là, plus que jamais, Tiken Jah Fakoly se révèle l'emblème de la jeunesse, portant haut une parole de résistance et de critique face aux événements et aux politiciens.

 

Devenu une vraie figure du paysage musical ouest-africain, Tiken entre dans l'écurie Barclay – Universal Music France. En février 2002, il sort "Françafrique" enregistré en Jamaïque dans les mythiques studios Tuff Gong avec les célèbres Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. Cet album recevra en 2003 le prix du meilleur album Reggae-Ragga-World aux Victoires de la Musique et sera certifié Disque d’Or. Tiken Jah Fakoly profite alors de cette cérémonie pour réclamer l'indépendance de l'Afrique. C’est alors que les événements politiques en Côte d'Ivoire l’obligent à quitter son pays. Contraint à l’exil, l’artiste de s’installer à Bamako au Mali.

 

Le reggaeman ivoirien repart pour Kingston en Jamaïque enregistrer un nouvel album aux studios Tuff Gong : "Coup de gueule" sort en septembre 2004 et porte toujours ce même message notamment de la lutte pour le continent africain et contre la corruption qui tient à cœur à l'artiste exilé. C’est sur cet opus, certifié Disque d’Or, que figure un de ses morceaux les plus emblématiques : "Plus rien ne m’étonne". L’artiste est nommé Chevalier de l’ordre des arts et des lettres en février 2004.

 

En intitulant son nouvel album "" (2007), le reggaeman en appelle à l'unité du continent. Sur cet album figurent des titres mémorables tels que « Ouvrez les frontières » (featuring Soprano) ou encore une adaptation en français du titre de Sting "An englishman in New York" devenu "Un Africain à Paris". Le chanteur recevra en 2008 un Disque d’Or pour cet album.

 

Pour la première fois depuis son exil, suite à la signature du traité de réconciliation nationale à Ouagadougou en 2007, Tiken Jah Fakoly revient en Côte d’Ivoire. Il se produit alors à Abidjan au parc des sports de Treichville devant plusieurs dizaines de milliers de fans pour un concert de "réconciliation". Mais il restera vivre au Mali, pays avec lequel il a tissé des liens profonds. Le  ivoirien opère, avec l'album "" (2010), un virage significatif en métissant le reggae et les instruments traditionnels africains donnant ainsi à entendre un spectre musical plus large. La tournée qui suivra le mènera jusqu’à Paris-Bercy qu’il remplira le 18 juin 2011. Comme les précédents, cet album sera Disque d’Or. Il accède au grade d’officier de l’ordre des arts et des lettres en 2013.

 

 

Si l’artiste est engagé sur de nombreux fronts tels que la lutte contre la corruption, l’altermondialisme, ou encore la lutte contre l’excision, il milite aussi pour l'agriculture et contre l'exode rural sur le continent africain. Il participe notamment à une mission avec Action Contre le Faim au Burkina Faso, ou encore travaille avec de nombreuses associations comme ONE, Amnesty International, SOS Racisme…

Depuis 2004, l’artiste est particulièrement engagé dans son propre projet intitulé « Un concert, Une école ! » qui lui a permis de construire 6 écoles dans différents pays d’Afrique de l’Ouest. L’idée est simple : organiser des concerts avec des partenaires institutionnels (ville, département, région…) permettant la mise à disposition d’une salle de spectacle, impliquer tous les acteurs - en particulier les musiciens et techniciens qui se produisent de façon bénévole -, activer les réseaux associatifs locaux, et utiliser la recette pour la construction d’une école.

 

Avec son nouvel opus "Dernier Appel" sorti en 2014, l’artiste, moins axé sur la revendication que dans ses précédents albums, mais tourné vers l’avenir avec un optimisme indéfectible, implique davantage les peuples du continent, impulseurs du changement. Enregistré entre Paris, Londres et Bamako, cet album est marqué par la présence d'artistes comme la Germano-Nigériane Nneka, le Germano-Sierra-Léonais Patrice, et enfin l'Ivoirien Alpha Blondy, qui apparait à son tour sur le titre "Diaspora".

 

Enfin, en 2015, Tiken Jah Fakoly sort un album composé de reprises de standards reggae, comme un retour aux sources, qu'il nomme fort à propos, "Racines". A 47 ans, l’artiste ivoirien reprend pour la première fois de sa carrière de grands tubes, y introduisant une touche africaine via la kora, le ngoni ou encore le balafon. Des invités prestigieux comme U-Roy, Max Romeo, Ken Boothe ou le duo Sly & Robbie, viennent appuyer par leur présence, ce projet qui sonne comme un rappel du lien indéniable entre la Jamaïque et l'Afrique.

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Crédits photos :

Arthur Ménard

Emilie Oksenhendler

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